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#26 En transe

Les choses sont simples quand on repense. On naît, on respire, on vit, on respire et on meurt. Rétrospectivement on apprécie ce passé si vite oublié. On s’est déplacé tantôt en se remuant sur le sol tantôt à quatre pattes, tantôt dressé sur deux et tantôt sur trois puis à nouveau sur quatre…  C’est sûr, on y repense, un jour, une nuit ou une saison, mélancoliquement et amèrement… Dame Mélancolia est souvent accompagnée par Dame Sapor, la saveur. Ces deux dames s’accolent et s’enlacent sous l’œil sage de la Dame Sapiensa, qui brigue à l’être encore davantage. Elles sont belles ces trois voluptés, elles s’engagent dans cette danse des sens, sans sentiment sinon de sourdes sensations. Souffrance, incertitude remplacent sérénité et assurance, celles qui s’occupaient de nous sustenter…  Mélancolia apporte sa douce amertume d’euphorie oubliée et Sapor, ma foi, tend à nous distiller autrement cette fraîcheur défraîchie.

Que l’on pardonne à ma plume l’excès de ces allitérations de s et de s qui se cumulent et s’annulent, mais peut-être faut-il voir ici la résurgence de ces insidieuses sensations de souffrance. Car que l’on soit prompt à se laisser aller ou que l’on soit plutôt sur la retenue, il n’est rien de pire que le long baiser de Sapiensa. L’on acquiert dans l’ignorance cette conscience rance et aiguë de l’alter et l’on se perd à la surface de cette Terre de résurgences, on perd son ego dans l’éther. On se force pourtant à comprendre la signification de ces signes qui remontent, tels les cygnes du lac, mais toujours des cendres… Comme dit le proverbe, « si haut qu’on monte on finit toujours par des cendres », alors on descend et Sapiensa nous relâche enfin de son couffin. Nous sommes recueillis par Mélancolia et Sapor, à nouveau, qui comme des siamoises nous susurrent la nostalgie en F.M. ma chérie.
 
Nous voici seuls à nouveau dans notre bastion d’oubli. Nous voici seuls à nouveau dans notre écrin sans bruit. Nous voici seuls à nouveau dans notre ciel de pluie. Seuls au milieu de nous-mêmes, assaillis de toutes parts par ces fragrances de soi, qui comme du satin glissent sur le moi, telle une soie de quelques mois. Mélancolia les dresse, les envoie affronter notre donjon sacré et Sapor, avec sa justesse et sa précision, en fait des dragons, nos dragons. Et si la métaphore de l’animal féerique des contes de jeunesse devant la forteresse se trouve ici, voyez-y un bref hommage à l’homme fou aux deux G., qui fut à l’origine de bien des dragons qui nous harcèlent encore aujourd’hui. Mais en ce jour lui aussi en fait partie, de ces dragons qui nous donnent l’assaut, de ces hussards qui visent juste et fort, transformant nos traits en grimaces dignes des vieux grognards. Mélancolia ressasse ces souvenirs, Sapor ouvre le sas et libère leur ire. Mélancolia lance la transe et l’on pense. Sapor tranche dans les sens et l’on panse.
 
Nous sommes entre frères et nous nous combattons. Notre jeune et notre vieux qui se tiennent et se détiennent. Comme Marcel. Nous sommes l’un et l’autre dans leurs bras, à Sapor et à Mélancolia. Jusqu’au retour de Sapiensa.
Mais moi, je la veux, ma Mélancolia, près de moi.
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À propos de Vil Faquin

Vous connaissez la Faquinade ? Non ? Baltringues.

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