Publié le

#62 Dans des méandres inondés, je gis

Une drôle d’aventure dans laquelle je me suis lancé en septembre 2015 :
retracer mon premier mois de chômage dans une
fresque versifiée à raison de cinq vers par jour.
Voici le résultat de cette expérience.

Couleurs mordorées, chaudes et délicieuses,
Qui tombent des nuées, fragrances fiévreuses,
Et m’embrassent. Mon âme leur est acquise
Dès lors, telles des poésies marquises,
Qu’elles azurent mes yeux de leurs miracles.

Car c’est rêveur que je souhaite vivre
Peupler mes songes d’atmosphères cuivres
Et m’envoler sur des sommets perdus
Où je pourrais m’éprendre, tout éperdu,
De leurs gloires fades, leurs rayons oracles.

Alors, les lueurs opales des cieux
Pourront me conter en mots facétieux
Les mille trésor de leurs nuits d’Orient
Les richesses des princes nigérians
Pour qu’enfin en moi cède toute attache,

Que je retrouve comme aux premiers jours
Le goût de l’escapade. Adieu séjours !
Salut Cévennes ! Où promener mon corps
Au fond des bois où résonnent les cors
Je me chasse moi-même, comme un Apache.

Dans des méandres inondés, je gis
Dans les torpeurs de ma propre élégie,
Sous les couleurs de frondaisons diaphanes
Dieux ! Le phoenix dormant épiphane
Virevolte et embrase mes fantasmes !

Ho ! Sombres heures de mes nuits ! Voyez !
Ces lances de lumière pour que vous ployiez,
Leurs chaudes couleurs qui tombent en cascade !
Je les brandis, vous porte l’estocade !
Imprégné de nouvelles certitudes.

Les perles confuses en mes nuits fertiles
Pleuvent des atmosphères versatiles,
M’offrent leurs teintes belles et leurs fragrances,
M’apaisent et me calment de leur clémence.
Je retourne serein à la multitude.

Où parmi la foule des immuables
Je vivrai mille vies, autant de fables,
Éconduirai les plus belles princesses
Et les autres, tout à ma folle allégresse !
Rien ne me retiendra plus. Je veux vivre !

Embrasser du regard les rues joyeuses,
Consoler aux alcôves les pleureuses
Et sonner du cor aux frontons hautains,
Aux colonnades grises et aux rupins,
Suivre les lumières des bateaux ivres.


Formulez vos vœux et vos tristes attentes
Peuples fiers ! Et dans vos chutes imminentes
Comprenez que vous n’emporterez rien.
Ni le blé, ni le seigle, non rien de rien.
Vous mourrez seuls dans vos miasmes.

Car vous avez tué vos derniers poètes !
En condamnant vos artistes prophètes
E
n plaçant l’or au-dessus de l’humain

Vous les avez perdus, tous vos demains.
Ils n’existent plus, leur mort est la vôtre !

Et vous, tristes sires ; et vous rois serviles
Ne pouvez occire, aux bas-fonds des villes
Le grain qui germe et l’orbe rutilante
Et ces couleurs qui filtrent entre les fentes !
Moi c’est de l’art que je me fais apôtre,

Cet art exilé de nos nuits gothiques
Chassés par vos jeux, vos jeux méphitiques,
Il revient en gloire, renaît d’un néon,
Perle d’un iris, l’art caméléon.
Nul besoin de dieux pour voir l’espérance !

Et, sur les pécheurs, il jette son chant,
Anime de sa danse les plus méchants,
Ecrit au pire des hommes ses vers,
Sculpte au fuyard un abri pour l’hiver.
Il réconforte tous ceux en errance.

L’art puissant dans la beauté nue du jour
Dans ses tons je demeure toujours
Je me fais apocryphe et exégète
Et à vous tous, tristes sires, je vous jette
Le flamboiement de mon temps au visage !


Si le sommeil, en des jours révolus,
Me fuyait, c’est que m’étaient dévolues
Alors les angoisses de nuits fébriles
Et leurs nuées de cauchemars volubiles.
En mon cœur, nulle rancœur, il ne reste.

Et mes musiques sourdes qui vibraient
Quand j’étais perdu, quand j’étais ivraie.
Oh ! Ces musiques sourdes, elles ont tinté
Aux oreilles tant de fois absinthées
Des oublieux qui ont le verbe preste.

Mais pas un pour si contempler
Les lueurs dans les arches dépeuplées ;
Pas un pour crier tous ces chants joyeux.
Et tous affirment, levant au ciel leurs yeux :
« Oncques sentirons ni verrons demain. »

Qu’espérer alors de ces tristes gueules
Si ce n’est plainteries, excès d’orgueil.
Et jamais nul sursaut ne les ébroue ;
Leur gangue est aussi dure que les brous
Qu’on écrase du pied sur les chemins !

Sur les sentiers baignés d’aubépines,
Aux couleurs riches des terres alpines,
J’interroge mon cœur, lui fait question,
Puis je m’évade de quelque bastion
Et m’offre entier aux plus beaux paysages.

Car c’est dans ceux-ci que je puise foi,
Quand un bête âne devient palefroi,
Quand le monde autour donne vie aux mythes,
Aux Iliade, aux idylles, aux dolomites,
Quand mes rêves se transforment en monde.

Quand plus rien ne me retient que pensée
Et quand mes yeux ne font que compenser
Ce que mon cerveau sait être mensonge ;
Quand à tous, Tous !, se dévoilent mes songes,
Je perds pieds dans la houle furibonde.


Trop plein. Tout est trop. Tout est plein. Mes sens…
Ils vacillent sous ce trop plein d’essence.
Déliquescant, je fuis mes atmosphères
Et me cache des muses aurifères,
Rampantes mains en mon intimité.

Je n’ai plus besoin de tout décrypter,
Comprendre leurs occurrences scriptées,
Je n’aime plus rien tant que respirer
Le bel air, et fuit les relents myrrhés
Des sourires de vos inimitiés.

Je reprends ma vie or que vous voilà,
Reconstruis mes bastions face au Horla
Que vous avez lancé contre mes murs
Mais j’ai appris, désormais je suis mûr.
Venez ! Je m’en vais vous donner spectacle !

Et c’est debout que je vous ferai face
Tendu dessous ma bannière lasse
Et je vous regarderai courir sus,
Hargneux, brillantes couleurs au-dessus.
Venez ! Je vous attends depuis mon siège !

Je porte en moi la mémoir(e) des goulags,
La pluie, le vent, le vas-et-viens des vagues.
Je suis dépositaire de mes choix
Nul autre à blâmer si jamais je chois.
Venez ! Goûter l’aventure du piège !

Car dans mon monde rien n’estourbit plus
Les ardeurs véhémentes et le surplus
De foi des hommes vrais, des femmes justes !
Car sous la sentence du peuple auguste
Trépassent les bigots, joyeux sbires !

Comme moi, d’autres trouveront leur place
Et videront vos temples et vos palaces !
Pâle justice, blanche comme un linceul !
Tu abattras sur eux ta juste gueule,
Ruinant tous les odieux et leurs empires.

Couleurs mordorées, chaudes et délicieuses,
Qui tombent des nuées, fragrances fiévreuses,
Et m’embrassent. Mon âme leur est acquise
Dès lors, telles des poésies marquises,
Qu’elles azurent mes yeux de leurs miracles.

Publicités

À propos de Vil Faquin

Vous connaissez la Faquinade ? Non ? Baltringues.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s