#35 This Life…

Nouvelle qui a remporté un concours pour Génération écriture sur le thème « Le Rôle de Sa Vie » et composée en deux heures.

A lire sur John the Revelator de Curtis Stigers.

Cela fait deux mois, bientôt, qu’elle m’a demandé de plier bagages. Trois besaces fourrées dans les sacoches à l’arrière du custom, le sac à dos sanglé sur le back-seat ; cela ne m’a pas pris plus de cinq minutes. Il faut dire que je ne les avais pas défaits, mes bagages, depuis que j’ai garé ma bécane dans ce trou perdu ; c’est d’ailleurs un des reproches associés à la demande.

Pas besoin de regarder en arrière, je sais ce que j’ai à faire. Je checke les niveaux d’huile, je retends ce foutu câble d’embrayage qui fait des siennes depuis que le temps s’est humidifié à l’approche de l’automne. Comme j’ai dit, ça ne me prend pas plus de cinq minutes. J’enfile mon blouson et appuie sur le démarreur. Baby Goat démarre au poil, pas un accroc, les cylindres tournent au carré. Cette expression aussi, elle me l’a reprochée, avec les autres. Lire la suite

#25 L’oracle et les Corbeaux

Une terre déserte recouverte de lande. Du bétail, peu nombreux, des toits ornés de cheminées fumantes ici et là. Un regard qui se perd. J’ai ma tente, mon sac, mon fusil et j’arrive à la guerre. Je suis bien sur la Terre car le ciel est au-dessus de mon chef, de rouille. Il y a des arbres, quelques bosquets mais presque pas de vie. Je suis à la guerre, je le sais, j’ai mon fusil et mon ordre de mobilisation. Autour de moi, rien. Ha si ! Une voie ferrée là-bas aux contreforts de ces monts couverts de brume. Nulle part où aller, pas d’officier en vue dans cette plaine, pas de contrainte donc ; je décide de marcher un peu. Je vais vers un vieil hêtre noueux et installe ma toile à son pied. Soudain il fait nuit, un train passe. Une vache meurt. Comment sais-je qu’elle est morte ? Je le sais c’est tout. Il doit faire froid cette nuit, je ne m’en rends pas réellement compte mais pour prévenir le mal je fais un brasier flambant de quelques branches. Je me couche sous ma tente agrippé à mon arme, les flammes dansent comme des gitanes échevelées virevoltant dans un vent de printemps… Ces nuits sans nuage sont appelées à être froides et glaciales. Ce serait une tautologie si glacial n’était pas pris dans le sens de ce qu’il glace les sangs.
 

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